Licence 3. Initiation création recherche.

Hybridation

Typologie d'une subsistance polymère, série de 9 photographies au format 4:3, mars 2026
Matériaux: solanum tuberosum, résine époxy injectée, pigment, vernis polyuréthane

Mon projet s’inscrit dans la thématique Hybridation(s) à travers une réflexion sur la survie biologique dans un contexte post-humain. Ma recherche a débuté par une interrogation pragmatique et triviale: face à un effondrement, “qu’est-ce qu’on mange ?”. Cette question m'a mené à étudier ce qui est capable de croître dans des sols appauvris et pollués. La réponse s'est imposée par la pomme de terre, tubercule de la résilience par excellence. L'hybridation intervient ici comme une mutation forcée avec l'injection d’une résine colorée et de polymères industriels à la seringue dans le corps du féculent pour créer une fusion entre la racine terrestre et le déchet plastique. Cette intrusion chirurgicale interroge la porosité des frontières entre le naturel et l’artificiel, le tubercule devenant un corps hybride, d'une biologie qui a dû s'adapter à une terre devenue plastique. Mes choix plastiques sont nés d’une rencontre entre deux héritages :

- celui du glanage d’Agnès Varda qui s' interroge sur l'existence, le devenir et le vieillissement des pommes de terre en forme de cœur. Avec Patatutopia, elle exprime entre autres son intérêt pour la beauté dans des déchets
- et celui de la rigueur protocolaire de Bernd et Hilla Becher pour capturer un patrimoine industrielle

L’usage du vernis et de la résine agit comme un scellant hermétique, une prothèse transparente qui fige le flétrissement. Il n’y a donc plus de vieillissement. Les photographies capturent ce moment où le féculent devient relique. Le cadrage neutre et l’éclairage froid transforment ce “cœur de terre” en organe post-humain, isolé de son cycle naturel de décomposition. Ce contraste souligne la tension entre la fragilité du vivant et la pérennité du déchet plastique. En refusant de laisser le cœur pourrir, je propose une lecture du post-humain comme une chair amidonnée, capturée par la chimie et exposée sous la forme d’un pseudo inventaire architectural de la mutation, une archive clinique.

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