Licence 3. Initiation création-recherche.

Cadastre 0

Cadastre 0
2026. 
Vidéo, 
136 secondes,

Le projet Cadastre 0 interroge notre manière de gérer le désastre. Le paysage post-effondrement prend ici les traits d'une administration froide qui tente de mettre à distance le traumatisme par la rationalisation. Ce territoire indexé devient une grille de contrôle où la nature est envisagée comme une donnée à archiver.

Plastiquement, cette réflexion s'incarne dans une tension matérielle qui fait écho à la théorie des besoins d'André Gorz. D'un côté se déploie la « sphère hétéronome », un plan cadastral imprimé sur calque, figurant la technique et l'emprise juridique qui quadrillent l'espace. De l'autre, la « sphère autonome », le besoin vital, incarné par la lamelle de tubercule, qui vient altérer la planéité du document et déformer la ligne géométrique sous son poids. La production matérialise ainsi la contrainte exercée par l'institution sur la subsistance biologique et pose une interrogation: jusqu'à quel point la rationalisation technique peut-elle coloniser notre besoin vital de subsistance ?

Le traitement sonore renforce cette esthétique du contrôle. La voix off, froide et hachée, dicte un inventaire clinique (« Prélèvement 01», « Nourrir le dossier») tente de mettre à distance le traumatisme de l'effondrement. Puis le vocabulaire bureaucratique se fissure pour laisser place à un constat écopoétique (« la rondelle du tubercule, elle brille comme un caillou»), matérialisant par le langage l'hybridation d'un monde où « tout est classé». 

Le choix du plan-séquence vidéo, associé à la fixité photographique des pages, propose une alternative à l'hyper circulation neutralisante des images-catastrophes numériques contemporaines. En convoquant l'« image-temps » de Gilles Deleuze et en m'inscrivant dans la filiation de l'œuvre cartographique de Bouchra Khalili, le dispositif ralentit volontairement le regard. La lenteur du geste de la main tournant les pages invite au développement d'un « art de l'attention »  nécessaire face à la mutation de notre environnement.

Enfin, l'immersion des tranches du tubercule dans le vernis industriel témoigne des dynamiques de l'Anthropocène. Stoppée dans son cycle naturel de décomposition, la matière organique se mue en techno-fossile, figeant l'artifice chimique comme une nouvelle strate géologique. 

Cette démarche s'inscrit dans la continuité de Strate 0, où la fusion du tubercule et de la résine initiait déjà la création d'un corps-archive marquant l'émergence d'une nouvelle couche géologique et faisant écho à l'œuvre Plastiglomerate (2013) de Kelly Jazvac.

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Strate 0